
Chapitre 14

Je commence à me réveiller.
Je n'ouvre pas les yeux mais je sais qu'il y a de la lumière autour de moi.

Je suis dans la phase où on émerge doucement, encore à peine conscient de ce qui peut bien m'entourer. Je suis bien. J'ai l'impression d'avoir dormi comme un bébé, ça, c'est vraiment étrange par contre.
Je tâte le draps à côté de moi à la recherche de mon amant. Je ne le trouve pas.
D'un coup je deviens conscient. Je me rapelle...

J'ouvres brusquement les yeux et la lumière m'éblouis mais je m'en fiche.
Parce que je sais que je ne suis pas chez moi et que Kimi n'est pas vers moi pour la simple et bonne raison qu'ils nous ont enlevé...
Cette réalité me terrifie. Je ne peux pas avoir une vie normale aux côté d'un personne que j'aime...j'aurais dû le savoir que c'était trop beau pour durer...
Je m'appuie sur les coudes et regarde autour de moi mais tout est flou...

Non...en fait c'est pas flou. C'est juste que je suis tellement dans le coltard que j'avais pas remarqué le rideau qui entoure l'immense lit sur lequel on m'a installé.
Une chambre, une simple chambre. Bien éclairée, sans fenêtre -ce qui me fait supposer que je suis dans un sous-sol- bien décorée et plutôt jolie en fait.
A gauche on a installé un chevalet à côté d'une bibliothèque et un piano à droite de la porte. Un chevalet et un piano...si je me doutais que c'était Riley ou mon père -voire Riley ET mon père- qui nous ont enlevé, désormais tout doute s'est envolé. Qui à part eux pourrait savoir que la peinture et le piano sont mes passes-temps favoris?
Je remarque seulement maintenant qu'on m'a mis une perfusion
ce qui explique que j'ai autant la tête dans le cul et surtout que
j'ai si bien dormi... J'ai sûrement dormi
longtemps...

Je m'empresse de l'arracher comme un barbare me provoquant une douleur dans la main mais je sais que ça sera passé dans quelques minutes, je ne m'en formalise pas.
Une goutte de sang perle à la surface de ma peau je la laisse couler sur le drap.
Je me lève vite, trop vite sûrement.
Je n'avais même pas pensé que les substances qu'ils m'ont donné puisse encore faire effet. A peine debout sur mes deux pieds, je sens ma tête tourner, je tombe en avant manquant de me cogner au mur mais je réussis à me retenir tant bien que mal.

Je me relève -lentement cette fois ci- et me dirige vers la porte.
Le trajet est difficile, je suis faible, je déteste ça. J'ai l'impression d'avoir été écrasé par un camion, ou un éléphant au choix. J'ai mal de partout, chaque mouvement est un vrai supplice pour mon corps mais tan pis.
Je ne compte pas rester coucher à rien faire...

Enfin arrivé à hauteur de la porte je m'appuie lourdement contre le mur et actionne la poignée. C'est fermé bien sûr mais c'est pas comme si je m'étais attendu au contraire.
Le problème est que je suis enfermé ici, je ne sais pas où
est Kimi ni ce qu'ils comptent faire de lui...
La rage s'empara de moi.
J'était impuissant face à la situation, inutile.

Je m'élance de toutes mes forces dans la pauvre bibliothèque en lançant un cri de frustration. Quelques livres s'en échapèrent, je failli m'en prendre un sur la tête mais après tout qu'est-ce que ça aurait changé? Puisque je ne sers à rien que je soit éveillé ou assomé...
Après avoir secoué violement le meuble plusieurs fois je commence à me calmer.

Prenant appui sur l'étagère je tente de reprendre ma respiration.
Je ferme douleureusement les yeux, j'aimerais ne pas y penser mais comment ne pas y penser? Comment ne pas penser que par ma faute Kimi est en danger. Qui sait ce qui va lui arriver ou même ce qui lui est peut-être déjà arrivé pendant que je dormais comme un idiot... Je me déteste.

Je me déteste de ne pas avoir été plus prudent...
Je savais que Riley le cherchait, il me l'a dit lui-même et comme un con je vais au restaurant comme si de rien était...
Je me déteste de l'avoir mis dans cette situation.
Si je ne l'avais pas emmené ici il serait chez lui avec ses
amis, il se ficherait bien que j'existe ou non puisqu'il ne me
connaîtrait pas et surtout il serait en sécurité dans les bras de
sa copine au lieu d'être on ne sait où loin de
moi...
Mais on ne peux pas refaire le passé n'est-ce pas? Non bien sûr sinon je serais déjà retourné au jour où j'ai rencontré Aleksi pour faire en sorte de na pas l'aimer...
Pfff c'est stupide comme pensée! Faire en sorte de ne pas l'aimer...comme si c'était possible. Dès l'instant où je l'ai rencontré -aussi bien Aleksi que Kimi d'ailleurs- je savait que c'était mort. Je savais que j'allais les aimer, les aimer de tout mon être. Je savais que je n'avais pas le droit de les aimer et je savais que tôt ou tard on serait détruit par cet amour interdit.
Et aujourd'hui voilà où j'en suis...le premier est mort, pire que ça, c'est moi qui l'ai tué -aussi bien au sens propre qu'au figuré- et le deuxième...je préfère ne pas penser à ce qu'il pourrait lui arriver...

Je me laisse glisser au sol, les larmes m'envahissent. En temps normal j'aurais tout fait pour les repousser mais à quoi bon...je sais que je ne peux rien faire, c'est la seule chose dont je soit capable à l'instant présent.
Je reste là, par terre au milieu des bouquins, pleurant, misérable, tout ce que je déteste au fond...Les faibles, les pleurnicheurs, ceux qui abandonnent...
Mais quand on croit qu'il n'y a plus d'espoir...on se fiche d'être une personne comme ça. On ne pense plus à ça...la seule chose qu'on éprouve, c'est des regrets, des tonnes de regrets, on revoit chaque moment de sa vie, ce qu'on aurait pu faire qui aurait pu tout changer, ce qu'on aurait dû faire...
Pardonne-moi mon amour...je n'ai même pas su te
protéger...
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